1 orthophoniste pour 3 000 habitants. Découvrez les déserts orthophoniques en France. Voir la carte

Audition et langage

Surdité et langage : le rôle de l'orthophoniste

Un enfant apprend à parler parce qu'il entend parler. Quand l'audition manque, dès la naissance ou plus tard, l'orthophoniste aide l'enfant à entrer dans une langue, parlée ou signée, et l'adulte devenu sourd à continuer de communiquer.

Dernière mise à jour : 9 septembre 2026
1 sur 1 000
nouveau-né concerné par une surdité bilatérale (Inserm, 2023)
45 min
durée minimale d'une séance dans les surdités (NGAP)
60 %
remboursés par l'Assurance Maladie (100 % en ALD)

Pourquoi entendre conditionne le langage

Avant son premier mot, un bébé a passé des mois à écouter : il repère les voix, découpe les sons, associe un mot à un objet. Quand l'oreille transmet mal, toute la chaîne ralentit : compréhension, vocabulaire, prononciation, puis lecture.

Toutes les surdités ne se ressemblent pas. L'Inserm, dans son dossier « Troubles de l'audition, surdités » (2023), distingue les surdités légères (20 à 40 dB), moyennes (40 à 70 dB), sévères (70 à 90 dB) et profondes (90 à 120 dB). Une surdité peut toucher une seule oreille (unilatérale) ou les deux (bilatérale), être congénitale ou acquise.

Les otites comptent aussi. Une otite séreuse qui se répète fait baisser l'audition de façon fluctuante pendant des mois, à l'âge où le langage se construit. Ce n'est pas une surdité permanente, mais l'effet sur la parole peut être réel : voir otites et langage.

Les signes qui doivent faire vérifier l'audition

Le test de la maternité ne détecte pas tout. Ce que les proches remarquent :

Bébé, avant 1 an

  • •Ne sursaute pas aux bruits forts
  • •Ne tourne pas la tête vers une voix hors de sa vue
  • •Babillage qui s'appauvrit au fil des mois

De 1 à 3 ans

  • •Pas de premiers mots, ou vocabulaire qui stagne
  • •Ne réagit pas à son prénom appelé de dos
  • •Parole peu intelligible, voix forte ou monotone
  • •Fixe les lèvres, fait répéter, monte le son

Enfant scolarisé et adulte

  • •Comprend en face à face, décroche dans le bruit
  • •Fatigue en fin de journée, semble distrait
  • •Confusions de sons proches en lecture et en orthographe
  • •Chez l'adulte : fait répéter, évite les repas de famille, s'isole

Un test d'audition se demande, il ne se devine pas : un enfant sourd donne le change longtemps grâce aux visages et aux gestes. Voir quand s'inquiéter pour le langage d'un bébé et mon enfant ne parle pas. L'audiogramme et le diagnostic relèvent de l'ORL.

D'où vient une surdité ?

D'après l'Inserm (2023), la majorité des surdités néonatales sont d'origine génétique, et près de 130 gènes impliqués ont déjà été identifiés. Le même dossier cite aussi les infections avant, pendant ou après la naissance et les molécules toxiques pour l'oreille interne ; plus tard s'ajoutent les otites chroniques, les traumatismes sonores et le vieillissement de l'oreille, la presbyacousie. En France, une surdité bilatérale est détectée chaque année chez près de 800 nourrissons, soit environ un nouveau-né sur 1 000 (Inserm, 2023). Ce n'est la faute de personne : l'enjeu est l'accès précoce à une langue.

Le parcours en France, de la maternité à l'orthophoniste

  • 1. Le dépistage néonatal. L'arrêté du 23 avril 2012 (Légifrance) prévoit un examen de repérage proposé systématiquement avant la sortie de la maternité, des examens avant la fin du troisième mois lorsque ce repérage n'a pas pu avoir lieu ou n'a pas permis de conclure, et une information des parents sur les différents modes de communication existants, en particulier la langue des signes française. Selon l'Inserm (2023), près de 95 % des nourrissons en bénéficient depuis 2014.
  • 2. Le diagnostic ORL. Un test à recontrôler n'est pas un diagnostic : l'ORL confirme la surdité, mesure son degré et en cherche la cause.
  • 3. L'accompagnement précoce. Il se met en place en CAMSP (centre d'action médico-sociale précoce) ou en service spécialisé : une cure ambulatoire avec une équipe pluridisciplinaire, assortie d'un conseil et d'un soutien à la famille (article L. 2132-4 du Code de la santé publique). Ces centres sont financés par une dotation globale prise en charge par l'Assurance Maladie et le département (article L. 2112-8 du même code).
  • 4. L'appareillage ou l'implant. L'Inserm (2023) précise qu'après une implantation cochléaire, une période d'apprentissage supervisé par une orthophoniste spécialisée est nécessaire pour en retirer un bénéfice maximal.
  • 5. L'orthophonie. Sur prescription médicale, en CAMSP ou en libéral. Depuis le 23 février 2026, il n'y a plus de demande d'accord préalable : ordonnance, bilan, compte rendu au médecin, puis les séances. Les délais en libéral vont de plusieurs mois à plus d'un an selon les départements.

Quand c'est urgent : chez un adulte, une baisse d'audition brutale doit être vue par un médecin sans attendre. Chez un bébé, un dépistage à recontrôler n'est pas un rendez-vous à repousser : chaque mois compte pour le langage.

Français oral ou LSF : un choix qui appartient aux familles

C'est la question qui angoisse le plus les parents, et celle où la loi est la plus claire. L'article L. 112-3 du Code de l'éducation, issu de la loi du 11 février 2005 et renuméroté en 2008, dispose que « dans l'éducation et le parcours scolaire des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue, langue des signes et langue française, et une communication en langue française est de droit ».

  • Le projet en langue française : l'enfant, appareillé ou implanté, apprend le français parlé puis écrit. La langue française parlée complétée (LPC), un code de gestes près du visage qui lève les ambiguïtés de la lecture labiale, peut s'y ajouter.
  • Le projet bilingue : la langue des signes française est la première langue de l'enfant, et le français est abordé par l'écrit. Il suppose que la famille apprenne la LSF, ce qu'accompagnent les services spécialisés.

La recommandation de la Haute Autorité de santé « Surdité de l'enfant : accompagnement des familles et suivi de l'enfant de 0 à 6 ans » (2009) porte précisément sur cet accompagnement. L'orthophoniste travaille dans les deux projets, sans jugement.

Ce que fait concrètement l'orthophoniste avec un enfant sourd

Beaucoup de parents imaginent des exercices de prononciation. Le travail commence bien avant les premiers mots et dépend du projet de la famille. L'orthophoniste travaille sur :

  • l'éducation précoce de la communication : regard, attention conjointe, tour de parole ;
  • la perception auditive avec les appareils ou l'implant : détecter, reconnaître puis comprendre la parole, dans le calme puis dans le bruit ;
  • la lecture labiale et, si la famille le souhaite, le LPC ;
  • le vocabulaire et la syntaxe, à l'oral ou en langue des signes selon le projet ;
  • la préparation à la lecture, point sensible chez tous les enfants sourds, et le lien avec l'école.

Dans la nomenclature (NGAP, version en vigueur du 13 juillet 2024) : le bilan est le « Bilan de la communication et du langage dans le cadre des handicaps moteur, sensoriel [...] et de la surdité » (coefficient AMO 40, tarif conventionné 104,05 €) ; les séances relèvent de la « Démutisation, rééducation ou conservation de la communication, du langage et de la parole dans les surdités appareillées ou non, y compris en cas d'implantation cochléaire » (AMO 15,4), avec une durée minimale de 45 minutes fixée par la nomenclature. Le remboursement est de 60 %, ou 100 % en ALD. Voir nos tarifs.

Adulte devenu sourd ou appareillé tardivement

Perdre l'audition à l'âge adulte, c'est perdre les conversations à plusieurs, puis l'envie de sortir. Un appareil restitue des sons, mais le cerveau doit réapprendre à les trier, et beaucoup de personnes les rangent dans un tiroir faute de cet apprentissage. C'est l'objet de l'acte NGAP « Réadaptation à la communication dans les surdités acquises appareillées et/ou éducation à la pratique de la lecture labiale » (AMO 12, séances de 30 minutes minimum).

Chez la personne âgée, la presbyacousie est la règle plus que l'exception : l'Inserm (2023) indique que la surdité touche plus de 65 % des plus de 65 ans, et associe la perte d'audition après 65 ans à un déclin cognitif, sans doute lié à un isolement social progressif. Voir orthophoniste pour personne âgée.

À l'école : PEJS, PPS, AESH et LSF

Le droit au choix de la langue ne s'arrête pas à la porte de la classe. Les articles R. 351-21 à R. 351-23 du Code de l'éducation confient à la maison départementale des personnes handicapées l'information de la famille sur les deux modes de communication, puis imposent que le projet personnalisé de scolarisation soit élaboré en respectant le mode choisi et précise, si besoin, les conditions d'accompagnement par des personnels qualifiés. Les élèves sourds peuvent aussi être regroupés dans des pôles d'enseignement pour les jeunes sourds (PEJS) : demandez à la MDPH et à l'enseignant référent ce qui existe près de chez vous.

  • Le PPS (projet personnalisé de scolarisation), décidé via la MDPH, fixe les aménagements : place dans la classe, micro porté par l'enseignant, supports écrits, temps majoré aux examens. Voir PAP, PPS, PPRE et notre guide MDPH.
  • L'AESH, parfois un codeur LPC ou un interprète LSF selon le projet, accompagne l'élève en classe : rôle de l'AESH et démarches.

ALD et prise en charge à 100 % : certaines surdités relèvent d'une affection de longue durée, ce qui porte à 100 % le remboursement des soins concernés. Ce n'est pas le cas de toutes, et seul le médecin peut en faire la demande : voir orthophonie et ALD.

Ce que la famille peut faire en attendant

  • Parlez face à votre enfant, à sa hauteur, sans télévision en fond sonore : votre visage est sa première aide auditive.
  • S'il est appareillé, voyez avec l'équipe qui vous suit comment installer un port régulier des appareils dans la journée : une oreille qui n'entend que par moments apprend moins.
  • Si vous envisagez la LSF, commencez à l'apprendre sans attendre, avec une association ou le service qui vous suit.

Nos repères sur le développement du langage de 0 à 3 ans restent valables : un enfant sourd suit les mêmes étapes, dans la langue qui lui est accessible. Si un trouble du neurodéveloppement est aussi suspecté, la plateforme PCO TND peut accélérer les bilans.

Questions fréquentes sur la surdité et le langage

Mon enfant est appareillé : a-t-il encore besoin d'orthophonie ?

L'appareil restitue des sons, il n'apprend pas à les interpréter : c'est l'objet du suivi orthophonique, qui entraîne cette écoute, vérifie que le langage progresse et prépare la lecture. L'Inserm (2023) souligne d'ailleurs qu'après une implantation cochléaire, une période d'apprentissage supervisé par une orthophoniste spécialisée est nécessaire pour en retirer un bénéfice maximal. La décision revient au médecin qui prescrit.

LSF ou oral : faut-il choisir tout de suite ?

Le choix vous appartient de droit (article L. 112-3 du Code de l'éducation), et il est éclairé par la maison départementale des personnes handicapées (articles R. 351-21 et suivants). Ce qui ne peut pas attendre, c'est l'accès à une langue, quelle qu'elle soit : posez la question à l'équipe qui vous suit plutôt que de trancher seuls dans l'urgence.

Où trouver un orthophoniste formé à la surdité ?

L'implant cochléaire, le LPC ou la LSF demandent une pratique régulière et tous les cabinets n'en ont pas. Demandez au service ORL ou au CAMSP qui vous suit, et cherchez dans notre annuaire en posant la question dès le premier appel.

Devenu sourd à l'âge adulte, ai-je droit à des séances ?

Oui, sur prescription médicale : la nomenclature prévoit un acte de réadaptation à la communication dans les surdités acquises appareillées et d'éducation à la lecture labiale. Parlez-en à votre ORL.

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Sources

  • Inserm, dossier « Troubles de l'audition, surdités », 2023 : inserm.fr
  • Légifrance, arrêté du 23 avril 2012 relatif au dépistage de la surdité permanente néonatale : legifrance.gouv.fr
  • Légifrance, Code de l'éducation, article L. 112-3 : legifrance.gouv.fr
  • Légifrance, Code de l'éducation, articles R. 351-21 à R. 351-26 (dispositions particulières en faveur des jeunes sourds) : legifrance.gouv.fr
  • Légifrance, Code de la santé publique, article L. 2132-4 (centres d'action médico-sociale précoce) : legifrance.gouv.fr
  • Nomenclature générale des actes professionnels, orthophonie, version du 13 juillet 2024 (FNO) : fno.fr
  • Haute Autorité de santé, « Surdité de l'enfant : accompagnement des familles et suivi de l'enfant de 0 à 6 ans », 2009 : has-sante.fr

Avertissement médical

Les informations présentes sur ce site sont fournies à titre informatif et éducatif. Elles ne remplacent en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé ni un bilan orthophonique. Si vous avez des inquiétudes concernant le développement du langage, consultez votre médecin ou un orthophoniste.

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Une surdité vient d'être dépistée ou suspectée ?

Première étape : le rendez-vous ORL, qui confirme et mesure. Ensuite, une ordonnance pour un bilan orthophonique et un contact avec le CAMSP.