La dysphasie, ou trouble développemental du langage (TDL)
Un trouble développemental du langage (TDL) sévère et durable. Un suivi orthophonique précoce et prolongé est indispensable.
Qu'est-ce que la dysphasie ?
La dysphasie, appelée aujourd'hui trouble développemental du langage (TDL), est un trouble durable de l'acquisition du langage oral. Il peut toucher la prononciation, le vocabulaire, la construction des phrases et parfois la compréhension, avec un retentissement important sur la vie quotidienne ou les apprentissages. Il ne s'explique ni par une surdité, ni par une déficience intellectuelle, ni par un manque de stimulation. Le diagnostic repose sur un bilan orthophonique.
Contrairement au simple retard de langage, la dysphasie ne se résout pas spontanément : les difficultés persistent malgré la stimulation et le suivi, et accompagnent l'enfant tout au long de sa scolarité.
Important : La dysphasie n'est pas liée à un déficit intellectuel, un trouble sensoriel (surdité), un trouble autistique ou un manque de stimulation. C'est un trouble d'origine neurodéveloppementale affectant le traitement du langage, que la Haute Autorité de santé range parmi les troubles spécifiques du langage et des apprentissages, les troubles « dys », lesquels concernent 5 à 7 % des enfants d'âge scolaire selon l'Inserm.
TDL : pourquoi on ne dit plus dysphasie
Ce trouble a longtemps porté plusieurs noms : audimutité, dysphasie, trouble primaire du langage, rappelle la Fédération française des DYS. Le mot « dysphasie » était surtout employé dans les pays francophones, alors que la recherche internationale parlait par exemple de « specific language impairment ». Des critères diagnostiques propres à chaque pays rendaient en outre les comparaisons très complexes, explique Christelle Maillart, chercheuse en logopédie à l'université de Liège (revue Enfance, 2022).
En 2017, le consortium international CATALISE, coordonné par Dorothy Bishop et Margaret Snowling à l'université d'Oxford, a publié dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry un consensus obtenu par la méthode Delphi auprès de 57 experts de pays anglophones, en majorité des orthophonistes. Ses principales recommandations :
- Parler de trouble du langage pour des difficultés susceptibles de durer pendant l'âge scolaire et au-delà, avec un retentissement important sur les échanges du quotidien ou sur les apprentissages.
- Réserver trouble développemental du langage (Developmental Language Disorder) aux cas sans cause biomédicale connue. Quand le trouble accompagne une lésion cérébrale, une surdité neurosensorielle, une maladie génétique comme la trisomie 21, un trouble du spectre de l'autisme ou une déficience intellectuelle, on parle de « trouble du langage associé à » cette condition.
- Ne plus exiger d'écart entre les capacités verbales et non verbales : un niveau non verbal faible, sans déficience intellectuelle, n'empêche pas le diagnostic.
- Reconnaître que le TDL peut coexister avec d'autres troubles, comme le TDAH, la dyslexie ou le trouble développemental de la coordination.
En français, le terme retenu est « trouble développemental du langage », ou TDL. Les critères ont changé eux aussi : ils reposent désormais sur l'impact du trouble au quotidien et sur son évolution probable, plutôt que sur une liste d'exclusions. Le mot « dysphasie » reste toutefois employé, par exemple dans le guide de la HAS de 2017 et dans la nomenclature des actes d'orthophonie : c'est pourquoi cette page utilise les deux.
Les types de dysphasie
Dysphasie expressive
L'enfant comprend bien ce qu'on lui dit mais a de grandes difficultés à s'exprimer. Il utilise des phrases courtes, un vocabulaire restreint et fait des erreurs de syntaxe et de phonologie.
Dysphasie réceptive
L'enfant a des difficultés à comprendre le langage oral. Il peut sembler ne pas écouter, mal interpréter les consignes et avoir du mal à suivre les conversations.
Dysphasie mixte
L'expression et la compréhension sont toutes deux affectées. C'est la forme la plus sévère, nécessitant une prise en charge intensive et pluridisciplinaire.
Les signes d'alerte
Versant expressif
- • Premiers mots très tardifs (après 2 ans)
- • Phrases très courtes et agrammatiques
- • Manque du mot fréquent
- • Discours inintelligible même à 4-5 ans
Versant réceptif
- • Difficulté à comprendre les consignes complexes
- • Confusion entre mots proches
- • Besoin de supports visuels pour comprendre
- • Difficulté à suivre une histoire lue à voix haute
Impact sur la scolarité
La dysphasie a des répercussions majeures sur les apprentissages scolaires. L'enfant dysphasique peut bénéficier d'aménagements spécifiques :
- PAP ou PPS : plan d'accompagnement personnalisé ou projet personnalisé de scolarisation
- AESH : accompagnant d'élève en situation de handicap
- Aménagements : tiers-temps, supports visuels, consignes simplifiées
- ULIS : unité localisée pour l'inclusion scolaire si nécessaire
Pour les démarches auprès de la MDPH (PPS, aide humaine, allocation), consultez notre guide TDL et MDPH : monter un dossier pour un trouble du langage.
Le bilan et la rééducation orthophonique
Le diagnostic de dysphasie repose sur un bilan orthophonique approfondi, souvent complété par un bilan neuropsychologique. La HAS prévoit une rééducation orthophonique dès que le bilan confirme un trouble spécifique du langage oral après 3 ans, et un bilan sans attendre lorsque le trouble persiste à 5 ans. La prise en charge est intensive et s'inscrit dans la durée (plusieurs années).
Le bilan de la communication et du langage oral est coté AMO 34,01, soit 88,43 € au tarif conventionné en métropole (lettre-clé 2,60 €), et la nomenclature prévoit un acte spécifique de rééducation du langage oral dans le cadre des troubles du neurodéveloppement (dysphasies). L'Assurance Maladie rembourse 60 %, la complémentaire 40 %, et la prise en charge est à 100 % en ALD ou avec la complémentaire santé solidaire. Aucune demande d'accord préalable n'est nécessaire depuis le 23 février 2026. Les délais d'attente vont de plusieurs mois à plus d'un an selon les départements.
La prise en charge
- Rééducation du langage oral : phonologie, lexique, syntaxe
- Mise en place de stratégies compensatoires (gestes, pictogrammes)
- Travail sur le langage écrit en prévention des difficultés scolaires
- Coordination avec l'école, le neuropsychologue et le médecin
Dysphasie (TDL) chez l'adulte
Le TDL apparaît pendant l'enfance, mais ses conséquences ne s'arrêtent pas avec l'école : elles peuvent se prolonger à l'âge adulte, souligne Christelle Maillart. D'après une revue systématique qu'elle cite (Dubois et coll., 2020), les jeunes adultes ayant un TDL semblent avoir un taux d'emploi proche des autres, mais un type d'emploi, des revenus et un risque de chômage plus défavorables, et ils accèdent moins facilement à un logement autonome et à l'indépendance financière. Chez les enfants suivis jusqu'à l'âge adulte, il n'est pas rare que d'autres diagnostics, comme une dyslexie, apparaissent en chemin. Les adultes concernés peuvent aussi manquer de mots pour nommer leur trouble ou en parler.
Un adulte peut consulter un orthophoniste. Comme pour un enfant, le bilan et les séances sont prescrits par un médecin, remboursés à 60 % par l'Assurance Maladie et à 40 % par la complémentaire santé, sans demande d'accord préalable. Notre dossier orthophoniste pour adulte détaille le parcours.
Au travail, si vos possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont réduites du fait de votre trouble, vous pouvez demander à la MDPH une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Elle ouvre droit à des mesures comme des horaires aménagés ou l'adaptation du poste, et c'est la commission de la MDPH (CDAPH) qui examine chaque demande (service-public.fr).
Attention à ne pas confondre : un trouble du langage apparu à l'âge adulte, après un AVC par exemple, n'est pas un TDL mais un trouble acquis, comme l'aphasie.
Quand consulter ?
- • L'enfant ne fait pas de phrases à 3 ans
- • Son langage est très en retard par rapport aux enfants de son âge
- • Il a des difficultés persistantes de compréhension
- • Le retard de langage ne se comble pas malgré la stimulation
- • L'enseignant signale des difficultés importantes
Conseils pour les parents
- • Utilisez des phrases courtes et simples.
- • Appuyez-vous sur des supports visuels (images, pictogrammes).
- • Laissez du temps à l'enfant pour s'exprimer.
- • Valorisez chaque progrès, même minime.
- • Contactez une association de parents (AAD France, Avenir Dysphasie).
Questions fréquentes sur la dysphasie
Qu'est-ce que la dysphasie (TDL) ?
La dysphasie, aujourd'hui appelée trouble développemental du langage (TDL), est un trouble structurel, sévère et durable de l'acquisition du langage oral. Contrairement au simple retard de langage, elle ne se résout pas spontanément : la HAS la classe parmi les troubles spécifiques du langage et des apprentissages, durables, non expliqués par une déficience intellectuelle, sensorielle ou un manque de stimulation. L'ensemble des troubles « dys » concerne 5 à 7 % des enfants d'âge scolaire selon l'Inserm.
Que veut dire TDL ?
TDL signifie trouble développemental du langage. C'est la traduction française de « Developmental Language Disorder », le terme recommandé en 2017 par le consensus international CATALISE. « Trouble du langage » désigne des difficultés de langage oral susceptibles de durer pendant l'âge scolaire et au-delà, avec un retentissement important au quotidien ou sur les apprentissages. « Développemental » signifie que le trouble apparaît au cours du développement de l'enfant, sans être acquis ni associé à une cause biomédicale connue.
TDL et dysphasie, est-ce la même chose ?
Le TDL désigne le trouble que l'on appelait dysphasie en France, mais les critères ont évolué avec le consensus CATALISE : ils reposent sur l'impact du trouble au quotidien et sur son évolution probable plutôt que sur une liste d'exclusions, et un écart entre capacités verbales et non verbales n'est plus exigé. Les deux termes coexistent encore, y compris dans le guide de la HAS de 2017 et dans la nomenclature des actes d'orthophonie.
Le TDL existe-t-il chez l'adulte ?
Oui. Le TDL apparaît dans l'enfance, mais ses conséquences peuvent se prolonger à l'âge adulte, sur les études, l'emploi et l'autonomie, selon la revue des travaux présentée par Christelle Maillart (2022). Un adulte peut consulter un orthophoniste sur prescription médicale, et demander à la MDPH une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) si son trouble réduit ses possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi. Un trouble du langage apparu à l'âge adulte, par exemple après un AVC, n'est pas un TDL : il s'agit d'un trouble acquis, comme l'aphasie.
Quelle est la différence entre dysphasie et retard de langage ?
Le retard de langage est un décalage temporaire qui se comble avec le temps et une stimulation adaptée. La dysphasie (TDL) est un trouble structurel et durable : malgré une rééducation, les difficultés persistent et nécessitent un suivi sur plusieurs années avec des aménagements scolaires.
Comment est diagnostiquée la dysphasie ?
Le diagnostic repose sur un bilan orthophonique approfondi, souvent complété par un bilan neuropsychologique. Il se confirme lorsque les difficultés de langage oral persistent malgré la stimulation et le suivi : la HAS prévoit une rééducation orthophonique dès que le bilan confirme un trouble spécifique du langage oral après 3 ans, et un bilan sans attendre en cas de trouble persistant à 5 ans. Le bilan évalue la phonologie, le lexique, la syntaxe et la compréhension.
La dysphasie se soigne-t-elle ?
La dysphasie ne se guérit pas mais se compense grâce à une rééducation orthophonique intensive et prolongée (plusieurs années). L'orthophoniste travaille sur le langage oral, les stratégies compensatoires (pictogrammes, gestes) et la prévention des difficultés en langage écrit, fréquentes après un trouble du langage oral. Des aménagements scolaires (PAP, PPS, AESH) sont souvent nécessaires. Le bilan et les séances sont remboursés à 60 % par l'Assurance Maladie, 100 % en ALD, sans demande d'accord préalable depuis le 23 février 2026.
Informations pratiques
Parole, langage oral et écrit, voix, déglutition
Ne parle pas, bégaie, zozote, confond les lettres
Les signes qui justifient un bilan, âge par âge
Déroulement, prix et remboursement
Sécu 60 %, mutuelle et ALD
Stimulation du langage enfants et adultes
Prix, nomenclature AMO et prise en charge
Sources
Les textes officiels et les données publiques sur lesquels s'appuient les informations de cette page. Notre charte éditoriale
- 1HAS, Comment améliorer le parcours de santé d'un enfant avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages (guide parcours de santé, 2017)
Le trouble du langage, appelé communément « dysphasie », fait partie des troubles spécifiques du langage et des apprentissages (DSM-5) : durables, non expliqués par une déficience intellectuelle, sensorielle, neurologique ou psychiatrique ni par un manque d'apport socioculturel, persistant depuis au moins 6 mois malgré une prise en charge ; orthophonie après 3 ans si le bilan confirme un trouble spécifique du langage oral ; bilan si trouble persistant à 5 ans.
Consulté le 14 septembre 2026.
- 2Inserm, dossier « Troubles spécifiques des apprentissages »
Les troubles « dys » concernent 5 à 7 % des enfants d'âge scolaire ; le trouble du langage oral (dysphasie) leur est associé et peut concerner la phonologie, le vocabulaire ou la syntaxe, parfois avec un trouble de la compréhension ; un trouble du langage oral est suivi d'un trouble de la lecture dans plus de 50 % des cas ; près de 40 % des enfants concernés cumulent plusieurs troubles.
Consulté le 28 septembre 2026.
- 3Bishop DVM, Snowling MJ, Thompson PA, Greenhalgh T, CATALISE-2 consortium. Phase 2 of CATALISE: a multinational and multidisciplinary Delphi consensus study of problems with language development: Terminology. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 2017;58(10):1068-1080
Consensus Delphi d'un panel de 57 experts de pays anglophones, en majorité orthophonistes : « trouble du langage » pour des difficultés susceptibles de durer pendant l'âge scolaire et au-delà avec un impact important au quotidien ou sur les apprentissages ; « Developmental Language Disorder » quand aucune condition biomédicale connue n'est associée (lésion cérébrale, surdité neurosensorielle, maladie génétique comme la trisomie 21, autisme, déficience intellectuelle) ; un niveau non verbal faible n'exclut pas le diagnostic ; cooccurrence possible avec le TDAH, la dyslexie ou le trouble développemental de la coordination ; distinction entre conditions de différenciation, facteurs de risque et troubles associés plutôt que critères d'exclusion.
Consulté le 28 septembre 2026.
- 4Maillart C. Le trouble développemental du langage : enjeux actuels. Enfance, 2022, n° 1, p. 5-23 (version auteur, université de Liège)
L'appellation « dysphasie », surtout francophone, était peu utilisée à l'international, où l'on préférait des termes comme « specific language impairment » ; des critères diagnostiques propres à chaque pays rendaient les comparaisons très complexes ; la traduction française de Developmental Language Disorder retenue est « trouble développemental du langage, TDL » ; le TDL a des conséquences de l'enfance à l'âge adulte ; chez les jeunes adultes, type d'emploi, revenus, risque de chômage et accès à l'autonomie sont plus défavorables (revue systématique de Dubois et al., 2020) ; de nouveaux diagnostics, comme la dyslexie, émergent souvent au cours du suivi ; les adultes concernés peuvent manquer de mots pour nommer leur trouble.
Consulté le 28 septembre 2026.
- 5Fédération française des DYS (FFDys), « Dysphasie ou trouble développemental du langage (TDL) »
Plusieurs termes ont été utilisés pour nommer ce trouble (audimutité, dysphasie, trouble primaire du langage) ; en 2017, un groupe international d'experts a proposé le terme « trouble développemental du langage (TDL) » ; le TDL n'est pas causé par un manque de stimulation, des difficultés à entendre ou une déficience intellectuelle.
Consulté le 28 septembre 2026.
- 6Service-public.fr, « Qu'est-ce que la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ? » (vérifié le 24 mars 2026)
La RQTH concerne les personnes dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont réduites par la dégradation d'au moins une fonction ; elle ouvre droit à des mesures comme des horaires aménagés ou l'adaptation du poste ; la demande est faite à la MDPH et instruite par la CDAPH.
Consulté le 28 septembre 2026.
- 7FNO, Affiche des tarifs NGAP 2026, régime général (PDF)
Lettre-clé AMO à 2,60 € au 23 février 2026 ; bilan de la communication et du langage oral coté AMO 34,01 (88,43 €) ; acte spécifique de rééducation du langage oral dans le cadre des troubles du neurodéveloppement (dysphasies).
Consulté le 28 septembre 2026.
- 8FNO, Avenant 21 à la convention nationale des orthophonistes
Suppression de la demande d'accord préalable à compter du 23 février 2026, y compris pour les renouvellements.
Consulté le 14 septembre 2026.
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