La SLA (maladie de Charcot)
La sclérose latérale amyotrophique atteint progressivement les neurones qui commandent les muscles volontaires, dont ceux de la parole et de la déglutition. L'orthophoniste fait partie de l'équipe, et son rôle commence bien avant le moment où parler devient difficile.
Qu'est-ce que la SLA ?
La sclérose latérale amyotrophique, ou maladie de Charcot, est une maladie du motoneurone : les cellules nerveuses qui commandent les muscles volontaires dégénèrent, et ces muscles s'affaiblissent progressivement. Le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) publié par la Haute Autorité de santé en novembre 2015 décrit une atteinte des membres, de l'oropharynx et des muscles respiratoires.
Dans le territoire bulbaire, celui de la bouche et de la gorge, le PNDS parle de « troubles de déglutition (dysphagie) et des troubles de l'élocution (dysarthrie motrice) » : le terrain même de l'orthophoniste. La maladie reste rare. Le PNDS 2015 retient une incidence annuelle proche de 2,5 pour 100 000 habitants et 4 500 à 6 000 personnes concernées à un instant donné ; sa synthèse pour le médecin traitant parle « de l'ordre de 2 500 nouveaux cas par an en France ». Le dossier de l'Inserm consacré à la SLA, consulté en septembre 2026, retient la même incidence de 2,5 pour 100 000 habitants.
Un point compte pour la suite : selon le PNDS, l'oculomotricité et la sensibilité objective sont respectées. Le regard reste disponible, ce qui rend possibles, même à un stade avancé, les aides pilotées par les yeux.
Début bulbaire, début spinal : la parole n'arrive pas au même moment
Selon le territoire touché en premier, la parole et la déglutition sont les tout premiers signes, ou surviennent plus tard.
Début bulbaire
- •La voix se modifie, l'articulation devient imprécise
- •Les repas s'allongent, la toux revient pendant ou après le repas
- •La salive devient difficile à gérer
Début spinal
- •Faiblesse d'une main, d'un pied ou d'une épaule qui s'installe
- •Crampes, fasciculations, fonte musculaire localisée
- •Parole et déglutition restent souvent longtemps normales
Ce que le PNDS ajoute
- •Signes d'appel cités : fasciculations, crampes, perte de poids, fatigue anormale, dysphonie, essoufflement
- •Un début en moyenne entre 60 et 65 ans
- •Des troubles cognitifs ou du comportement dans environ la moitié des cas
Aucun de ces signes ne suffit à poser un diagnostic. Une voix enrouée ou des crampes ont des explications bien plus fréquentes. Le PNDS précise que le diagnostic doit être confirmé par un neurologue expert exerçant dans un centre labellisé.
D'où vient la maladie ? Une réponse honnête
On ne sait pas. Le PNDS de la HAS indique que la SLA survient dans plus de 90 % des cas de façon sporadique, sans histoire familiale, et que des formes génétiques existent sans que les modalités de transmission soient totalement élucidées. Il précise qu'aucun facteur de risque n'a été identifié de manière robuste dans les études cas-témoins, et qu'une interaction entre susceptibilité génétique et facteurs environnementaux reste plausible. Ni votre alimentation, ni votre travail n'expliquent la maladie ; les questions de génétique se discutent avec le neurologue et le centre SLA.
Le parcours de soins : qui fait quoi
Le PNDS décrit une prise en charge multidisciplinaire et continue, « au mieux coordonnée par un centre SLA en articulation avec le médecin traitant », avec des bilans tous les trois mois.
- Le neurologue pose le diagnostic, l'annonce et reste le référent du suivi. Le PNDS recense 18 centres SLA labellisés, réunis dans la filière de santé maladies rares FILSLAN.
- Le bilan orthophonique figure dans le suivi trimestriel du PNDS, sous la forme « bilan orthophonique : dysarthrie, déglutition, communication ». Notre page bilan orthophonique en détaille le déroulement.
- Les séances commencent après le bilan et le compte rendu au prescripteur. La demande d'accord préalable a été supprimée le 23 février 2026.
Sur les délais : ils vont de plusieurs mois à plus d'un an selon les départements. Précisez qu'il s'agit d'une SLA suivie en centre SLA, et demandez au centre les orthophonistes qu'il sollicite habituellement. Nos conseils sur la liste d'attente restent valables.
La parole : de la dysarthrie à la communication alternative
Le PNDS est net sur le moment : « rééducation orthophonique dès l'apparition des troubles de la déglutition ou de la parole », avec pour objectif de « maintenir une communication, quel que soit son mode, ainsi que des capacités de déglutition le plus longtemps possible ». Il rappelle aussi que cette dimension rééducative ne vise pas la récupération, mais la compensation des fonctions perdues et le maintien de l'autonomie.
- une évaluation motrice et fonctionnelle des muscles de l'articulation, de la phonation et de la déglutition, répétée dans le temps ;
- une mobilisation des muscles de la sphère oro-faciale et des exercices de coordination entre le souffle et la voix ;
- en pratique, des stratégies de conservation pour rester compris plus longtemps : ralentir, faire des phrases courtes, annoncer le sujet, choisir un environnement calme. Le mécanisme de la dysarthrie est détaillé sur sa fiche.
Quand la communication orale n'est plus possible, le PNDS confie à l'orthophoniste l'aide au choix du mode le plus approprié, en lien avec l'ergothérapeute : écriture et tableaux de désignation pour la basse technologie, synthèses vocales, logiciels, contacteurs et poursuite oculaire pour la haute technologie. Il note que ces systèmes « sont peu acceptés tant que persistent une communication orale intelligible ».
D'où une conséquence pratique : en parler tôt, sans obligation de s'en servir. Si l'enregistrement de votre propre voix en vue d'une future synthèse vocale vous intéresse, c'est aussi le moment d'en parler à l'équipe : cela se prépare tant que l'articulation reste bonne.
Déglutition, fausses routes et question de la gastrostomie
Quand les muscles de la gorge s'affaiblissent, avaler devient moins sûr : toux pendant ou après le repas, voix mouillée, repas interminables, perte de poids. Nos fiches troubles de la déglutition et mal à avaler les décrivent en détail.
Le PNDS prévoit l'apprentissage de « techniques facilitatrices et posturales qui favorise la déglutition », l'adaptation des textures avec eau gélifiée et épaississants dès l'apparition des troubles, des conseils du diététicien et, si besoin, une aide humaine aux repas. Le suivi trimestriel surveille le poids, les fausses routes, les textures et le temps de repas. Pour l'hypersalivation, il mentionne les aspirateurs de mucosités.
La gastrostomie ne se décide ni seul, ni avec l'orthophoniste. Le PNDS range les décisions de suppléance des fonctions vitales parmi celles qui exigent une démarche collégiale de professionnels spécialisés, à anticiper avec le patient, sa famille et la personne de confiance. L'orthophoniste apporte ce qu'il observe séance après séance ; la décision appartient à l'équipe médicale et à vous.
Remboursement, actes et séances à domicile
Le PNDS l'écrit directement : la SLA est une affection de longue durée au titre de l'Assurance Maladie (ALD 9), et les soins en rapport avec l'affection sont pris en charge à 100 % après validation du médecin-conseil. Dans la liste annexée à l'article D160-4 du code de la sécurité sociale (Légifrance), l'ALD n° 9 correspond aux « formes graves des affections neurologiques et musculaires (dont myopathie), épilepsie grave ». La demande est faite par le médecin. Notre page orthophonie et ALD détaille la démarche.
Côté nomenclature, la NGAP du 13 juillet 2024 prévoit deux actes utiles ici : le « bilan des troubles d'origine neurologique », coté AMO 40, facturé 103,97 € ; et la « rééducation et/ou maintien et/ou adaptation des fonctions de communication, du langage, des troubles cognitivo-linguistiques et des fonctions oro-myo-faciales chez les patients atteints de pathologies neuro-dégénératives », cotée AMO 15,6, par séries de 50 séances, d'une durée de l'ordre de 45 minutes. La lettre-clé AMO vaut 2,60 € en métropole. Hors ALD, l'Assurance Maladie rembourse 60 % et la complémentaire 40 % ; avec l'ALD, les soins liés à la maladie sont pris en charge à 100 % du tarif conventionné.
Et à domicile ? Oui, c'est fréquent dans la SLA. Le PNDS consacre une partie entière à l'organisation des soins au domicile, coordonnée par le médecin traitant et le neurologue référent avec le centre SLA. Tous les cabinets ne se déplacent pas : voir orthophoniste à domicile et orthophoniste pour adulte.
Aidants : communiquer au quotidien
Entre deux rendez-vous, ce sont les proches qui portent la communication. Quelques habitudes aident presque toujours :
- laisser le temps de finir sa phrase, sans la terminer à sa place ;
- poser des questions fermées quand la fatigue monte, puis reformuler ce que l'on a compris ;
- couper la télévision, se placer face à la personne, une seule conversation à la fois ;
- garder une ardoise ou une tablette à portée de main.
Ces repères restent généraux : les postures de sécurité, les textures et le rythme des repas sont propres à chaque personne et relèvent de l'équipe. Les proches ont aussi droit à du soutien, et le PNDS prévoit la possibilité d'une hospitalisation de répit.
Quand ne pas attendre le prochain rendez-vous
Le suivi est trimestriel, mais certaines situations justifient d'appeler le médecin traitant ou le centre SLA sans attendre : toux à chaque repas, fièvre ou encombrement après des fausses routes, perte de poids rapide, essoufflement au repos. Le PNDS fait de la nutrition et de la respiration les points clés de la surveillance.
Questions fréquentes
À quel moment consulter un orthophoniste ?
Sans attendre que la parole se dégrade. Le PNDS prévoit la rééducation dès l'apparition des troubles de la déglutition ou de la parole, et inscrit un bilan orthophonique dans le suivi trimestriel.
L'orthophonie peut-elle ralentir la maladie ?
Non, et il serait malhonnête de le laisser croire. Le PNDS indique que la dimension rééducative ne vise pas la récupération, mais la compensation des fonctions perdues et le maintien de l'autonomie : se faire comprendre, manger en sécurité, tenir le quotidien.
Les séances peuvent-elles avoir lieu à domicile ?
Oui. Le PNDS consacre une section à l'organisation des soins au domicile, coordonnée par le médecin traitant et le neurologue référent avec le centre SLA. Tous les orthophonistes libéraux ne se déplacent pas : posez la question dès le premier appel.
Les séances sont-elles remboursées ?
Oui, sur ordonnance. Le régime général rembourse 60 % du tarif conventionné et la complémentaire 40 %. La SLA relevant de l'ALD n° 9, les soins liés à la maladie sont pris en charge à 100 % une fois le protocole de soins validé.
Faut-il attendre de ne plus parler pour envisager une aide à la communication ?
C'est le contraire. Le PNDS observe que ces systèmes sont peu acceptés tant que la parole reste intelligible, ce qui conduit souvent à les découvrir dans l'urgence. Les essayer tôt laisse le temps de choisir, et de préparer une voix de synthèse personnelle.
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Sources
- Inserm, dossier « Sclérose latérale amyotrophique (SLA) », consulté en septembre 2026 : inserm.fr
- HAS, PNDS « Sclérose latérale amyotrophique (ALD 9) », novembre 2015 : has-sante.fr
- HAS, « ALD n° 9, sclérose latérale amyotrophique », guide et actes : has-sante.fr
- Légifrance, annexe à l'article D160-4 du code de la sécurité sociale : legifrance.gouv.fr
- NGAP, version en vigueur du 13 juillet 2024, actes d'orthophonie : fno.fr
- ameli.fr, le dispositif affection de longue durée (ALD) : ameli.fr
Pages liées
Dysarthrie
Le trouble de la parole neurologique.
Troubles de la déglutition
Fausses routes et sécurité des repas.
Orthophonie et Parkinson
Autre maladie neuro-dégénérative.
Voir aussi orthophoniste pour adulte, presbyphagie, orthophonie et personne âgée et aphasie.
Avertissement médical
Les informations présentes sur ce site sont fournies à titre informatif et éducatif. Elles ne remplacent en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé ni un bilan orthophonique. Si vous avez des inquiétudes concernant le développement du langage, consultez votre médecin ou un orthophoniste.
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